Homélie du 1er dimanche de Carême
Les lectures de ce premier dimanche de carême nous entraînent dans un grand voyage intérieur, un voyage qui traverse toute l’histoire humaine et qui rejoint chacun de nos cœurs. Tout commence par un geste d’une douceur bouleversante : Dieu façonne l’Homme de la poussière du sol et lui insuffle son propre souffle. Nous venons de ce souffle-là. Nous sommes fragiles, oui, mais habités d’une vie qui vient de Dieu lui-même. C’est notre dignité la plus inaliénable.
Puis le récit bascule. Dans le jardin, une voix étrangère murmure, insinue le doute, fissure la confiance. L’Homme écoute, se détourne, se cache. Ce n’est pas seulement l’histoire d’Adam et Ève : c’est notre histoire. Nous connaissons ces moments où la peur parle plus fort que la confiance, où la tentation de nous replier sur nous-mêmes l’emporte. Alors le souffle se trouble, et le cœur se ferme un peu.
Mais Dieu ne renonce jamais. Il appelle : « Où es-tu ? » Non pour condamner l’Homme pécheur, mais pour le rejoindre. Le psaume 50 devient alors notre propre prière : « Crée en moi un cœur pur. » C’est le cri de celui qui sait qu’il s’est éloigné, mais qui croit encore que Dieu peut tout recommencer. Ce n’est pas un cri de désespoir, mais un cri de renaissance.
Saint Paul nous révèle alors quelque chose d’immense : là où le péché a débordé, la grâce a surabondé. L’histoire humaine n’est pas enfermée dans la chute. Quelqu’un est venu rouvrir le chemin. Quelqu’un a pris sur lui nos errances, nos blessures, nos déserts. Ce quelqu’un, c’est le Christ.
Et l’Évangile nous le montre au désert, face au tentateur. Là où Adam a cédé, Jésus reste inébranlable. Là où l’Homme s’est perdu, Jésus ouvre un passage. Il affronte nos combats, il traverse nos nuits, il porte nos tentations. Il ne triomphe pas pour lui-même, mais pour nous. Pour que, dans nos propres déserts, nous sachions que nous ne sommes pas seuls.
Ainsi, un fil d’or relie toutes ces lectures : un souffle donné, un souffle blessé, un souffle relevé. Dieu nous crée, nous perdons confiance, nous crions vers lui, et il nous relève par son Fils.
Aujourd’hui, Dieu veut simplement nous redire : Tu es fragile, mais tu es à moi. Tu tombes, mais je te relève. Tu traverses le désert, mais je marche avec toi. Mon souffle est encore en toi. Et ma grâce est plus forte que tes ombres. Que ce souffle nous pacifie, nous relève, et nous ouvre à la joie de recommencer.
Amen.